La vitre baissée, le chauffeur d'un de ces fameux mini-bus collectifs laisse apparaître son index accusateur et s'époumone : "Look, look! Who's the terrorist? Israel is the terrorist!"
Impossible d'échapper à l'amas de briques, ferrailles et poussière qui s'est dressé sur le bord de la route principale du village d'
Haris. Devant le "cadavre" de la bâtisse, un jeune homme s'écrie : "
C'était la maison de mon oncle ! Cinq ans pour la construire... et en trente minutes, ils l'ont démolie". D'après les voisins, témoins de la scène de démolition, plusieurs jeeps blindées ont débarqué vers 8h du matin, pour bloquer la route et laisser le champ libre au bulldozer. Les soldats israéliens se sont chargés de tenir à distance les membres de la famille Sultan, qui voulaient empêcher la démolition de leur demeure.
Si la maison de Maher Hassan Sultan a été réduite à l'état de gravats, c'est parce que les autorités israéliennes jugent qu'elle a été construite en zone C (1). Dans cette zone, Israël a le plein pouvoir administratif et militaire. Pour s'y installer, les Palestiniens doivent donc demander un permis(2); sans quoi, la destruction ne sera jamais très loin. Le neveu de Maher s'exclame : "Mon oncle a tout simplement construit sur son unique parcelle de terrain situé dans le village. Si on ne peut même plus avoir sa maison sur sa terre, où pouvons-nous encore construire? Dans le ciel...peut-être!". Consterné, il ajoute : "Les colons israéliens, eux, peuvent construire où ils veulent, même sur nos terres! Où est la justice?"
Même si la majorité de la bourgade est construite en zone B (contrôlée - en théorie - conjointement par Israël et l'Autorité Palestinienne), à l'Est de la mosquée, plus d'une dizaine de maisons se trouvent en zone C. Ces dernières risquent, elles aussi, de finir en monticules de béton fracassé.
Absent lors de la démolition, Maher Hassan vient constater le carnage. Ce matin-là, il s'était rendu à Tulkarem à l'équivalent du Ministère de la Défense, dans l'espoir d'éviter...l'inévitable semble-t-il. Le fait que le nom et prénom figurant sur l'acte de démolition n'était pas le sien (mais celui d'un dénommé Mohamed Manssour), n'aura rien y changé.
Ce quadragénaire Palestinien travaille depuis plus de 15 ans en Israël. Aujourd'hui, il constate que son projet, celui d'offrir une maison à sa femme, sa mère et ses 5 enfants, vient d'être réduit à néant. La famille avait prévu de s'installer dans leur nouvel habitat avant cet été. Elle devra pourtant continuer de vivre dans leur logement de quelques mètres carrés, au centre du village.
Il est presque midi, les gamins sortent de l'école. Certains escaladent cette ruine palestinienne pour faire, une fois arrivé au sommet, le signe de la victoire avec leurs doigts. D'autres, hurlent en choeur : "Allah Akbar! Allah Akbar!"
(1) La zone C couvre plus de 60% de la Cisjordanie. C'est aussi dans cette zone que les colonies israéliennes (toutes illégales selon la loi internationale) sont construites et ne cessent de croître. (2) Selon l'association israélienne La Paix Maintenant, entre 2000 et 2007, 94% des demandes de permis de construire déposées dans la zone C par les Palestiniens ont été refusées.

L'acte de démolition à la main, Maher Hassan Sultan sur les ruines de sa maison.
Avril 2010
Le neveu de Maher. Sa maison étant aussi en zone C, ce dernier a reçu récemment un ordre de démolition.



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