lundi 26 avril 2010

"Où pouvons-nous encore construire? Dans le ciel...peut-être!"

La vitre baissée, le chauffeur d'un de ces fameux mini-bus collectifs laisse apparaître son index accusateur et s'époumone : "Look, look! Who's the terrorist? Israel is the terrorist!"

Impossible d'échapper à l'amas de briques, ferrailles et poussière qui s'est dressé sur le bord de la route principale du village d'Haris. Devant le "cadavre" de la bâtisse, un jeune homme s'écrie : "C'était la maison de mon oncle ! Cinq ans pour la construire... et en trente minutes, ils l'ont démolie". D'après les voisins, témoins de la scène de démolition, plusieurs jeeps blindées ont débarqué vers 8h du matin, pour bloquer la route et laisser le champ libre au bulldozer. Les soldats israéliens se sont chargés de tenir à distance les membres de la famille Sultan, qui voulaient empêcher la démolition de leur demeure.

Si la maison de Maher Hassan Sultan a été réduite à l'état de gravats, c'est parce que les autorités israéliennes jugent qu'elle a été construite en zone C (1). Dans cette zone, Israël a le plein pouvoir administratif et militaire. Pour s'y installer, les Palestiniens doivent donc demander un permis(2); sans quoi, la destruction ne sera jamais très loin. Le neveu de Maher s'exclame : "Mon oncle a tout simplement construit sur son unique parcelle de terrain situé dans le village. Si on ne peut même plus avoir sa maison sur sa terre, où pouvons-nous encore construire? Dans le ciel...peut-être!". Consterné, il ajoute : "Les colons israéliens, eux, peuvent construire où ils veulent, même sur nos terres! Où est la justice?"

Même si la majorité de la bourgade est construite en zone B (contrôlée - en théorie - conjointement par Israël et l'Autorité Palestinienne), à l'Est de la mosquée, plus d'une dizaine de maisons se trouvent en zone C. Ces dernières risquent, elles aussi, de finir en monticules de béton fracassé.

Absent lors de la démolition, Maher Hassan vient constater le carnage. Ce matin-là, il s'était rendu à Tulkarem à l'équivalent du Ministère de la Défense, dans l'espoir d'éviter...l'inévitable semble-t-il. Le fait que le nom et prénom figurant sur l'acte de démolition n'était pas le sien (mais celui d'un dénommé Mohamed Manssour), n'aura rien y changé.

Ce quadragénaire Palestinien travaille depuis plus de 15 ans en Israël. Aujourd'hui, il constate que son projet, celui d'offrir une maison à sa femme, sa mère et ses 5 enfants, vient d'être réduit à néant. La famille avait prévu de s'installer dans leur nouvel habitat avant cet été. Elle devra pourtant continuer de vivre dans leur logement de quelques mètres carrés, au centre du village.


Il est presque midi, les gamins sortent de l'école. Certains escaladent cette ruine palestinienne pour faire, une fois arrivé au sommet, le signe de la victoire avec leurs doigts. D'autres, hurlent en choeur : "Allah Akbar! Allah Akbar!"

(1) La zone C couvre plus de 60% de la Cisjordanie. C'est aussi dans cette zone que les colonies israéliennes (toutes illégales selon la loi internationale) sont construites et ne cessent de croître. (2) Selon l'association israélienne La Paix Maintenant, entre 2000 et 2007, 94% des demandes de permis de construire déposées dans la zone C par les Palestiniens ont été refusées.



L'acte de démolition à la main, Maher Hassan Sultan sur les ruines de sa maison.
Avril 2010

Le neveu de Maher. Sa maison étant aussi en zone C, ce dernier a reçu récemment un ordre de démolition.



Land Day



Chaque année, le 30 mars, la Palestine célèbre le "Land Day". Une journée en l'honneur des 6 civils palestiniens tués par l'armée israélienne en 1976, alors qu'ils manifestaient contre l'expropriation de 5'000 hectares de terres. Cette commémoration sert aussi à rappeler la tendance encore actuelle du gouvernement à l'étoile bleue sur fond blanc : celle de s'approprier de nombreux terrains en Cisjordanie.

A cette occasion, plusieurs villages des territoires occupés organisent des manifestations aux abords de la barrière de sécurité. Des oliviers sont aussi plantés. Un acte avant tout symbolique, si on se rappelle la définition de la frontière israélienne donnée par Ariel Sharon. "C'est là où nous avons planté notre dernier arbre", avait lancé cet ex-Premier Ministre.

Au village de Deir Istiya (Wadeh County), le maire, des agriculteurs, des jeunes étudiants ou encore le célèbre Mustafa Barghouti ont participé à cette marche militante, entourés des journalistes d'Al-Jazeera et des bénévoles du Croissant Rouge. Le cortège a cependant été stoppé par l'armée, prétextant une "zone militaire où toutes les protestations sont interdites". La manifestation pacifiste ne s'est pas pour autant arrêtée. Sous les drapeaux palestiniens, se sont succédés : discours politiques, chants militants, ironiques slogans, sit-in en plein air. Une Journée de la terre qui s'est conclue par une prière au milieu des champs, sous l'oeil malveillant des fusils M-16.

jeudi 15 avril 2010

Entre ligne verte et lignes de mire

Houria

Les gens du bled racontent qu'on leur a "coupé les jambes". Debout, bien droits sur leurs deux gambettes, ils sont devenus des culs-de-jatte malgré eux.
Billes-de-flipper-cherchent-sortie-désespérément. Ces abandonnés aux petites absences, ces esclaves des enclaves, se heurtent aux murs visibles ou sournois. Ils ne sont plus dépositaires de leurs sorts.
Dans une poudrière déjà en mille morceaux, on finit parfois par répondre avec des lance-pierres. Sans le savoir, les discours nietzschéens refont surface : "être libre c'est être capable de résister", scandent certains. Houria rira bien qui rira le dernier...Pourtant, au sprint final, les meilleurs coureurs arrivent rarement à dépasser les balles. A ce jeu-là, il n'y a de toute façon jamais de vainqueur.

Si on ne naît pas libre...le devient-on?


Houria (signifiant en arabe Liberté). Sur un toit, Jayyous 2010.

Maramia


Elle a ses racines dans les collines de Cisjordanie et n'hésite pas à faire un pied de nez à la zone C, sous mainmise israélienne, en y poussant sans autorisation. Ses feuilles, elles, flottent dans toutes les théières. Comme les invitations pour un "Shay" sont plus que fréquentes en Palestine, son doux goût est devenu très vite un bon pote de mes papilles. A travers la maramia, on trouve une sorte de résumé du peuple palestinien : résistant et généreux.
Pendant plusieurs semaines, j'ai appelé cette plante "Falamya" (qui est en réalité le nom d'une "agricultural gate" du Mur), ce qui a bien fait rire Mohamed, un épicier de Jayyous qui rêve de se remarier avec une Finlandaise. Puis, on m'a appris que ce bout de verdure n'était rien d'autre que de la sauge. Moi qui croyais avoir découvert un buisson exotique, ça m'a foutu un coup...

But...MaraMia, Here I go again, My my, how can I resist you?


lundi 12 avril 2010

Sheikh Jarrah : des manifestations contre les destructions

Enfant Palestinien, manifestation contre les démolitions à Sheikh Jarrah, mars 2010.
Au loin, les forces de l'ordre.


Depuis le début de l'an 2000, l'Etat israélien a détruit près de 1000 maisons palestiniennes à Jérusalem-Est. Il justifie ces actes par des imbroglios administratifs ou évoquant le fait que ces habitations ont été construites illégalement. Or, si ces dernières sont souvent « illégales », c'est bien parce que les Palestiniens rencontrent des nombreuses difficultés (financières et administratives) pour obtenir des permis de construire. Selon un nouveau rapport de l'OCHA, seul 13% de Jérusalem-Est a été déclaré constructible pour les Palestiniens.


« Auto-démolitions », prison, expulsions

On peut reprocher beaucoup de choses à l'autorité israélienne, mais en tout cas pas le fait de manquer d'imagination lorsqu'il s'agit d'étouffer la médiatisation des scènes de démolitions. La nouvelle tendance : obliger certaines familles à détruire elles-mêmes, (totalement ou partiellement), leur maison. De cette façon, on évite la venue remarquée des équipes de démolisseurs et de la police israélienne et par conséquent, la foule d'internationaux et médias des quatre coins du monde.
Pour ceux qui ne voudraient pas se plier à ces ordres « d'auto-démolitions », une amende de plusieurs milliers de shekels (pouvant aller de 8'000 à 20'000 francs suisses) est prévue. Cas échéant, faute de moyens, un membre de la famille (en général le père) passera par la case prison, pour ... « amende non payée ». La municipalité, elle, se chargera alors de faire tomber les murs du bâtiment.


A ces menaces de démolitions s'ajoutent celles d'être expulsés de son logis par des colons, désireux de l'occuper. A Sheik Jarrah, des familles sont donc tout simplement jetées à la rue. Elles vivent, pour certaines d'entre elles, dans des tentes de fortunes (qui sont parfois détruites par les colons des environs ou la police israélienne). D'autres, squattent chez un voisin. Un voisin qui, lui aussi, n'est pas exempt de devoir quitter un jour sa demeure.


Des appels à la résistance
Face à ces drames, des manifestations ont lieu tous les vendredis, tout proche de Sheikh Jarrah (les forces de l'ordre ne permettant pas de s'approcher du lieu en question). A ces occasions, des Palestiniens, des Internationaux mais surtout des Israéliens conscients de la politique de colonisation de leur gouvernement viennent crier et chanter, ensemble, leur indignation.











Ce futur Jardin aux senteurs de la colonisation

Prise de vue depuis Silwan


Tout porte à croire que le marché de l'immobilier en Israël ne sera pas en crise. La tête de Nir Barkat, maire de Jérusalem, bouillonne d'idées de construction. Un parc avec magasins, bars, restaurants, galeries d'art et centre communautaire germera peut-être dans le béton d'Al-Boustan(1). Le but invoqué? Lutter contre le délabrement de ce quartier de Jérusalem-Est. Seulement voilà, ce projet - nommé "Jardin du Roi David"(2)- ne peut être instauré sans raser une quarantaine de maisons palestiniennes.

La municipalité défend son dessein en arguant, d'une part, que les Palestiniens pourraient profiter de ce parc. D'autre part, en annonçant vaguement que les habitants dont les maisons seraient réduites en poussière, se verraient proposer des logements alternatifs ou des parcelles de terrain.

De nombreuses ONGs(3) parlent, quant à elles, d'une nouvelle tentative de colonisation de la partie orientale de Jérusalem, par l'Etat israélien. D'ailleurs, l'Autorité de développement de Jérusalem (ADJ) annonçait dans un document, présenté au gouvernement en 2008, son objectif : créer une « série de parcs bibliques autour de la Vieille Ville, pour renforcer Jérusalem comme capitale d'Israël ».

Toutefois, Monsieur Barkat a été contraint de suspendre son plan, du moins temporairement. Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, désireux d'éviter de trop grands remous, a en effet ordonné d'organiser d'abord des consultations avec les résidents palestiniens, pour « parvenir à un accord »...Ironie du sort, ce même ministre réaffirmait à quelques jours près, son désir de construction de 1'600 nouveaux logements pour des colons israéliens(4), à Jérusalem-Est.
(1) Al-Boustan se situe dans la banlieue Silwan, au pied des fortifications de la Vieille Ville de Jérusalem. Le quartier est habité par près de 50'000 Palestiniens et environ 70 familles israéliennes.
(2) En référence au jardin du Roi Salomon, implanté sur ce site d'après la Bible.
(3) Telle que l'ONG israélienne anti-colonisation, Ir Amim.
(4) Le Premier Ministre a aussi proposé en février 2010 d'inclure deux lieux saints de la Cisjordanie au patrimoine national israélien.

A Jérusalem-Est, mais complètement à l'Ouest

Ville trois fois sainte. Copte, Dôme du Rocher et Haredim.


Jérusalem - Est : une question capitale

Jérusalem-Est comprend la vieille ville et surtout les lieux saints, comme le Mur des Lamentations et l'Esplanade des Mosquées. La part spirituelle qui est en moi (et peut-être aussi mon sens de l'orientation légendaire...), me guida jusqu'à ces deux places incontournables. Au QG des kippas et tsitsiths, mon bout de papier fut glissé dans les interstices du Kotel. Malheureusement, quelques minutes plus tard, le "nettoyage" du Mur avait lieu. Le grand rabbin et son assistant (ne se déplaçant - avec petits bâtons, balais et sacs poubelles - que deux fois par an) vinrent en effet récolter les petits papiers, qui finiront enterrés au cimetière, au Mont des Oliviers. Mes souhaits auront-ils eu le temps d'atteindre les Cieux? Ou faut-il taper : http://www.tzetel.com/ (et débourser...) pour être mieux exaucée?

A défaut de m'élever spirituellement, mon corps se déplaça au Mont du Temple. Etant dans la ville sainte juste avant Pessa'h, j'ai pu éviter de justesse les marées de dévots aux casquettes jaunes suivant un parapluie. C'est donc dans un calme total que j'ai pu admirer, sous tous les angles, la Mosquée Al Aqsa et surtout le magnifique dôme du Rocher.

Véritable "bassin sacré", la partie orientale de la ville reste un objet de tension entre les Israéliens et les Palestiniens. Actuellement, près de 200'00 Israéliens se sont installés dans une douzaine de quartiers de colonisation à Jérusalem-Est, où vivent 270'000 Palestiniens.

1949

L'Ouest est israélien et l'Est jordanien.

1967

Guerre de Six Jours. L'Est est capturé par Israël et directement annexé. Dans cette partie orientale, les autorités israéliennes entament leur politique de limitation des nouvelles constructions et commencent à exproprier les maisons de nombreuses familles arabes.

1980

La Knesset proclame Jérusalem capitale dans "son intégralité". L'ONU qualifie cet acte de "violation du droit international", Jérusalem-Est étant un "territoire palestinien" à la base.

2010

Jérusalem-Est est envisagée par les Palestiniens comme capitale de leur futur Etat. Le gouvernement de Nétanythaou, lui, veut la réunification des deux parties en une seule, comme capitale d'Israël uniquement. Les implantations israéliennes et le tracé de la "barrière de sécurité" modifient l'équilibre démographique en faveur d'une "israélisation" de Jérusalem.