samedi 17 juillet 2010

Arab ar-Ramadin : ces écoliers séparés de leur école



Au début du mois de juin, l'heure est aux examens finaux. Venant des districts de Salfit ou de Qalqilya, quelques jeunes, étudiant à l'université de la ville voisine, quittent leurs maisons au petit matin, pour être sûrs d'arriver à temps devant leurs feuilles de tests. « Si j'ai un examen à 8 heures, je m'arrange pour partir de chez moi à 4 heures du matin. On ne sait jamais, avec les contrôles au check-point...J'ai un peu la trouille d'arriver en retard et de louper mon année pour ça» m'explique un futur ingénieur du village d'Haris, aux études à Naplouse.

La contrainte du mur ne s'applique pas seulement aux universitaires. Encore en primaire ou secondaire, certains en font déjà les frais, comme les écoliers d'Arab ar-Ramadin. Avec le tracé tortueux de la "muraille", ce village palestinien s'est retrouvé intégré dans la zone "israélienne". Pris en tenailles, entre la barrière de sécurité et la colonie d'Alfe Menashe, il est aujourd'hui isolé du reste de la Cisjordanie[1]. Son école est restée « de l'autre côté », dans le village d'Habla. Pour la rejoindre, les enfants doivent donc attendre l'ouverture de l'une des portes murales, une porte qui ne reste ouverte que très peu de temps. Tant pis pour les retardataires, qui ne pourront pas rejoindre leur banc de classe pour les dernières épreuves de l'année.

En ce début d'été, nous sommes allés accompagner Abdel Karim, membre de l'ONG israélienne B'Tselem, qui désirait interviewer ces écoliers qui « ont le cul entre les deux versants du mur ».

Il est tout juste 10 heures du matin et, tout en étirant nos ombres à l'infini, le soleil fait déjà perler des gouttes de sueur sur nos fronts. Les écoliers d'Habla viennent de terminer leurs premiers examens de la semaine. Ils voudraient bien rentrer chez eux plus vite, pour se reposer et réviser les matières pour le lendemain. Pourtant, devant la porte du mur donnant accès à leur village, les enfants vivant à Arab ar-Ramadin doivent attendre midi trente, l'ouverture officielle, pour pouvoir passer « on the other side » et retrouver leurs familles. C'est donc sous un soleil de plomb et dans une chaleur presque plus asphyxiante que l'horizon emmuré, que cette jeunesse devra patienter. Attendre et consentir, bon gré mal gré, c’est leur lot quotidien. Les crayons à la main et les cahiers d'anglais sous le bras, ceux qui ont su racketter, la veille, quelques shekels à leurs mères, vont s'acheter des glaces à l'eau. Les autres, cherchent dans les champs des paysans un éventuel tuyau d'arrosage pour se rafraîchir et s'hydrater. Puis, pour tuer le temps, ils proposent quelques jeux et m’invitent à faire une ronde ou à se frapper dans les mains. Une ambiance "cour d'école" qui m’a rappelé avec plaisir mes "années primaire".

Il est déjà midi. En compagnie de cette quarantaine d'ados et pré-ados, les heures ont filé en vitesse. Leur bus scolaire arrive[2]. Les jeunes profitent alors de la radio pour mettre de la musique à fond et nous inviter à danser de la dabka devant le véhicule. Les rires fusent, certains se tapent les cuisses en nous voyant lancer nos jambes en l'air, tels des pantins désarticulés…

Bientôt, on entend le vrombissement des jeeps blindées s'approcher du point de contrôle. Les gamins rejoignent alors le vieux quatre roues sans climatisation et ses sièges en cuir brûlants. Ils nous envoient à travers les vitres, leurs plus beaux sourires et par les fenêtres, des bouts de papier où sont écrits des numéros de téléphone et des « I love you ».

Midi trente. Les soldats sont enfin devant les grillages. Habla gate, ouvre-toi!



[1] Comme tant d'autres villages palestiniens, Arab ar-Ramadin a perdu bon nombre de terres céréalières et de pâturages lors de la construction du mur. Faire paître son bétail ou développer une culture vivrière sont ainsi devenus de véritables challenges pour les villageois. Pour couronner le tout, l'armée israélienne met les 200 habitants sous pression avec des ordres de destructions de maisons et des menaces d'expulsions. Le gouvernement israélien rêverait en effet de ne plus avoir ce « résidu palestinien » près de sa colonie et des terres qu'il s'est, sans gêne, appropriées. Arab ar-Ramadin ou le cas symptomatique de la politique d'expansion d’Israël.
[2] Alors que leur école était, avant le mur, à 2,5 km aujourd'hui elle y est à 5 km. Un bus est donc nécessaire.





Ecolier venant d'Arab ar-Ramadin et attendant l'ouverture de la porte d'Habla. Il montre ici son permis de passer le mur.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire